Alors que la mer se déchaîne

Les yeux scellés par la fatigue, et le front détrempé par l’air salin et l’atmosphère orageux, je savoure l’impact de chacune des vagues alors qu’elles viennent se fracasser sur la proue du navire.

Défiant la Mort à chacune des descentes, j’entends les planches hurler en 1000 craquements, faisant jaillir cette lumière cotonnée à travers l’écume qui se disperse sur ma vieille carcasse.

Produisant ainsi ce jeu d’ombres et de lumière, je suis envahi par cette crainte d’être éjecté de ma propre nef, et d’être ensuite avalé goulument par cette mer déchaînée. D’une certaine façon, cette éventualité m’apaise et me fait soupirer. J’ai les mains bien ancrées à la barre de mon voilier, mais je suis également tenaillé par ce désir de lâcher prise. Reste à savoir sur qu’elle berge je pourrais bien être recraché, le cas échéant !

Un simple regard au ciel, et il est claire que les voiles sont tendues à leur maximum, à la limite de la déchirure. Mon vaisseau se transmute alors en étoile filante surmontant le flot des vagues, à l’instar de mon âme qui devrait bientôt parcourir ce firmament sombre et lumineux.

Mais dans cet instant présent, malgré la peur grandissante qui transpire à travers tous les pores de ma peau, je décide de poursuivre la danse sur ces eaux tumultueuses. Le cœur prêt à exploser ma poitrine, je suis en vie, et le corbeau s’est tu dans ma cage thoracique.

Air brush sur toile, par Mélissa Noiseux
Alors que la mer se déchaîne

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